Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 21:47

Je suis un bout de papier. Ou plutôt une feuille de papier. On pourrait me définir comme de la matière fabriquée à partir de fibres cellulosiques végétales ou animales. C’est une définition trop scientifique pour contenir le lecteur en mal de mots ou bien trop compliquée pour guérir le lecteur de tous ses maux.

 

Je suis plutôt ou simplement du papier, un objet sur lequel on écrit, on dessine, un objet sur lequel l’étudiant va rédiger son examen, le support de l’ordonnance du médecin, une page qui suivra la précédente de l’écrivain.

 

Je suis parfois seul, mais souvent accompagné. Accompagné des miens, papiers eux aussi, nous sommes une grande famille. Pas de filiation naturelle entre nous, nous provenons souvent de la même usine mais il peut arriver que ce ne soit pas le cas. Nous sommes souvent réunis, par notre unité de grain, notre corps en somme, celui qui fait ce que nous sommes comme les êtres humains et leurs différences de peau, d’origine et de caractère.

 

Aujourd’hui, je me situe en famille, avec mes amis. Nous sommes 25 en tout. 25 feuilles de papier, pages en tout genre, sur lesquels un homme a écrit. Il a rédigé une pensée, puis une autre, un avis sur une affaire qui lui tient à cœur et sur laquelle il travaille depuis quelques temps. C’est un avis qui le concerne, mais au vu de l’importance de l’affaire dont il s’est occupé, cela concerne également un pays voire deux. C’est vous dire l’importance que l’on m’accorde à mes amis et moi, témoins de cette réflexion qui a pris du temps à notre auteur d’élaborer et de mettre en forme. Il souhaitait un soutien, un support, un appui sur lequel il aurait pu baser sa défense, proposer des argumentaires afin de donner une solution.

 

Finalement, la solution est venue d’elle-même, écrite sur une partie de moi, sur une partie de mon confrère papetier, solution qui finalement disculpe un homme, d’un acte dont on l’a accusé. Depuis que j’ai été rendu public, les gens m’acclament ou m’accusent. Les intellectuels interprètent mon contenu avec leurs mots à eux, leurs idées, leurs convictions, leurs sources et leur conscience comme si la difficulté d’une telle décision n’était pas déjà dure à défendre. Les autres, la plèbe, la populace, ceux qui ne réfléchissent pas ou moins, qui vont travailler à l’usine sans savoir de quoi demain sera fait, ceux qui n’ont pas les connaissances nécessaires, l’intuition adéquate, la malice et la ruse, l’analyse et la muse, le raisonnement, la déduction, la logique et la méthode tout ce qui permet d’avoir un avis éclairé, iront débattre à leur façon, de leur coté, discutant de l’opportunité de l’accusé à faire ce dont il est accusé, de la présomption d’innocence mise à mal dans cette affaire et qui implique d’abord que notre accusé ne doit pas être considéré comme coupable.

 

Le mis en cause, est un homme fort, puissant, dont la situation professionnelle ne permet aucun écart. Je peux vous en parler car je connais le dossier. Evidemment, je le lis tous les jours parmi mes copains, collègues et autre membre de ma famille. Le dossier donc mêle à la fois un homme puissant et une femme de ménage. L’on pourrait convenir que je fusse à l’endroit où le scandale objet de l’affaire s’est produit. J’aurais été fiche de renseignement, feuille de papier auto-adhésive, affiche d’interdiction de fumer ou recommandation de visite dans une ville homérique où la passion côtoie la vie sans lui demander son reste, l’une laissant filer l’autre en s’attristant de son extinction. Mes amis et moi avons donc été rendus à l’acquitté. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment nous qui étions dans ses mains ce soir là quand il est venu à la télévision française pour se justifier. Pas vraiment nous, pas vraiment moi, mais une partie de moi tout de même car j’ai pris part à la formation de ce support. Lorsque notre homme nous brandit comme une preuve solennelle, je vois en lui de la fausseté. Son discours est bien appris, bien huilé comme une salade composée assaisonnée de tout ce qu’il faut pour faire une bonne recette. Des ingrédients divers et variés qui mis bout-à-bout forment un tout, un ensemble unique et digeste qui conviendra à un groupe qui n’attend qu’une chose : Manger. Les gens veulent savoir, comprendre, manger de la langue de bois communicative pour mieux critiquer ce qui a été déclaré. Il faut signaler que notre homme a été bien conseillé. Ou mal car cela s’est vu. La majorité des gens s’est aperçu que le discours était appris, que la recette était connue, que le plat avait déjà été proposé par la cantine et que la dernière fois, cela avait été indigeste de la même façon. Du coup, notre cuistot s’est décrédibilisé. Il nous a pris pour défense, ma famille et moi nous montrant à son interrogatrice dont l’objectivité était aussi claire que sa position défensive, son croisement de bras, sa proximité avec l’interviewé, nous montrant disais-je, comme témoin de son innocence, comme plaidoyer de son auteur sans se justifier lui-même de sa propre opinion, comme si seule comptait celle de la justice.

 

Je suis un bout de papier mais j’ai une âme. Je peux me plier en quatre pour vous dire une vérité, si je la connaissais. Au vu du dossier que je contiens, la vérité est inconnue. La conclusion de l’auteur ne précise pas que rien ne s’est passé. Et au-delà du doute raisonnable, soulagera l’homme qui nous a secoués pendant vingt minutes face aux caméras, d’un poids accablant qui pèsera sur ses épaules pendant encore très longtemps.

 

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 22:42

Il parait que fumer tue.

J’déconne pas, c’est vrai, c’est écrit sur tous les paquets de cigarettes : « Fumer tue ».

Moi, j’ai un copain qui est tueur à gages. Fumeur. Et du coup, lui aussi il fume et tue. Et pourtant, il est toujours en vie.

Moi, je ne fume pas, je bois. Du vin, beaucoup. Et au bout d’un moment, les fûts me tuent aussi. Du coup, les fûts me tuent mais fumer non.

Mais de mon vin le fumet tue... A grosse dose.

 Un jour, le fumet fût vain quand un fumeur entra. Enfumez le fût et le vin s’enfuit.

Mon ami, fumer le tue à petit feu. Pourtant, il pourrait fumer quelqu’un tout en fumant lui, sans s’enfumer… S’il fait ça dehors.

C’est une histoire qui a un doux parfum de vin en fût.

Et je fus vain de ne pouvoir vous la conter. Heureusement de tout cela, j’me suis enfuit, loin de mon ami, loin de ce raffut.

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 22:36

Le lion s’ennuyait tout en haut de sa tour

Regardant les pigeons qui grouillaient tout autour.

En face de son trône, dans la même visée

L’Ecureuil Artaban le voyait nez-à-nez.

Pour attirer son attention, le rongeur du faire fiel

Et déroba au Lion, son valet le Kerviel.

 

« Juste ciel » dit le Lion, mais pour qui te prends-tu donc ?

Je te propose un jeu, les perdants sont les pigeons.

Le lion réfléchit, pense à un stratagème.

L’Ecureuil lui répondit « J’ai la confiance du monde, tous les animaux m’aiment ».

Elaborons un plan pour que nos ressources fructifient

Attablés à quatre pates, les prédateurs planifient.

 

On prête de l’argent à fort taux d’intérêt

Les oiseaux pigeonnés se jettent sur le terrier.

A la suite de quoi, les subprimes sont en crise,

Et tout notre or s’envole bien loin avec la brise.

Le lion interloqué pensa la gueule ouverte : « Mais nous serons ruinés ».

Et bien dit l’Ecureuil, nous irons donc pleurer.

 

« Quand la crise fut venue, j’étais tout bouleversé

J’ai perdu mes graines par sac, pour mes pigeons par milliers ».

Demandons au Manitou de renflouer nos cabas,

Et disons aux pigeons que rien plus ne sera.

Le système est pour nous, parions sur ces oiseaux,

Puis nous irons nous réfugier loin dans les paradis fiscaux.

 

En guise de solution, on leur trouve un ancien de la savane

Un vieux bouc fatigué qui sur la place se pavane.

Je te propose Maadoff, un vieux bouc émissaire

Il a une place cotée, il fera bien l’affaire (ou comme ton bon Kerviel il fera bien l’affaire)

On le mettra en pâture devant les hyènes de la télé

Pendant que nous nous toucherons nos parachutes dorés.

 

Le lion pense à ses trophées, l’Ecureuil à ses noisettes.

« Topons-là » dit le futé à l’agile preneur de dettes.

C’est ainsi que la crise fut entendue dans la savane

Mais fut conclue par les plus forts dans les hauteurs de Manhattan

Quand l’argent et le pouvoir, dans une société, sont légions,

Il y aura toujours quelqu’un à plumer comme un pigeon.

 

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 22:30

Je suis un fantôme. Personne ne me voit, personne ne me distingue. Juste une illusion de présence au milieu des gens. 19.01. Je suis sur le quai de la gare Issy Val de Seine. Le quartier des affaires de mon royaume. Aaahhh il y en a du businessman qui se trémousse autour de moi. Il est speed, il est pressé. La faute à la RATP probablement, il n'y a jamais assez de trains, et ils sont trop lents, trop chargés, trop en retards, trop tout et rien de rien, pas assez de peu et bien moins que pas grand chose. La RATP le mot de tous les maux, le principal intérêt des débats de comptoir, la principale conversation du beauf parisien qui balance une phrase, puis l'autre, de manière à ne pas avoir de réponse de son interlocuteur qui ne sait pas quoi dire devant tant de finesse dans l'insulte. Voilà pour l'archétype, l'opinion massive, l'ambiance présentement en cette fin de journée.


Mon trajet : Ici/là-bas. Ou Issy/Bibliothèque François Mitterrand. Quel grand homme que celui à qui l'on donne le nom d'un bâtiment où la culture est présente, et l'intellect mis à rude épreuve. L'autre bout de la ville. Je cherche un raccourci, un subterfuge, pour m'éviter une heure de train. Je vais prendre mon mal en patience. Mon train est à 19h10. Il est 19h08. Plus que deux minutes ; Deux minutes indéfinissables, perdu au milieu de cette foule grouillante, de cette microsociété encastrée dans 20m². Ca clignote "A l'approche". Je souris mais pas trop. Tout le monde s'affole autour de moi, pour qui aura la meilleure place assise.


Changement de plan, un coup de tête, j'opte pour le tram, le tramway pour être précis.
19h20. Je vais être à la bourre. Mais un coup de tête c'est un coup de tête. Demandez à Materrazzi.
Le tram', c'est moderne. Ca ne fait pas de bruit, c'est fluide comme le vent, et tout est automatique sauf le conducteur, humain. De différentes couleurs, jamais chatoyantes, le tram vous cause, pour nous dire où l'on est et où l'on va. Un vert pomme, grisonnant qui plus est quand il pleut, ce n’est pas la panacée. On fait avec.


Dans le tram', il y a moins de monde que dans le RER. Ou alors ça dépend des horaires, des arrêts, des gens. En face de moi, une femme s'assoit. Sac Prada, propre sur elle, pas surfaite. Sauf au niveau sac à main. Son Prada se bat avec son Harrot's. Elle ne porte pas la thune sur elle, mais je la vois entrer dans le magasin, flairer l'occas' parfaite, la dernière trouvaille, le cliché ultime du bon gout bourgeois, la couleur géniale qui se marrie avec toutes ces fringues de chez Maxim's.


Un arrêt. PAM !!! Un groupe de veste noire entre dans la rame. Les businessmen sont de retour au bercail. Ils ont réussi !!! 19h25. Au bureau depuis 9h00 ce matin, il faut en vouloir. L'accessoire principal du passager parisien des transports en commun : Le journal gratuit. Ca lui donne l'impression de s'intéresser à l'actualité tout en lui confirmant sa volonté de ne pas dépenser deux euro dans un journal payant ; Deux euro qu'il ne donnera pas non plus au SDF joueur d'accordéon.
Un groupe s'en va, un autre arrive. La femme toujours en face de moi appelle son mari pour lui dire qu'elle sort du bureau. De l'autre coté de la rame, des gens débattent sur la vie politique et sociale. Une dame plutôt enveloppée qui a un Closer sur les genoux. Un grand père et sa femme son assis en face de notre lectrice préférée. A coté d'elle, un enfant a le regard médusé de cette scène banale. Le débat est lancé, la droite et la gauche, c'est bonnet blanc et blanc bonnet, tous des pourris surtout celui pour lequel on a voté. Mais bon il fallait qu'on vote pour quelqu'un sinon Le Pen allait revenir au second tour. Oui mais maintenant c'est nul, le pouvoir d'achat n'augmente pas, y'a des pauvres, et il pleut. La prochaine fois, c'est décidé, je fais une grève de la faim. Ou non... j'irai au resto, ça me défoulera. J'extérioriserai ma frustration hebdomadaire sur le serveur du week-end qui n'a rien demandé, mais bon c'est sa faute il n'avait qu'à travailler ailleurs.


Y'a des moments, je n'aime pas les gens. Voyez cette vieille peau là, qui bouscule tout le monde sans gêne, qui commence à s'avancer vers la porte en bousculant tout le monde sur son passage alors qu'elle ne sort que dans 5 minutes. Ben je ne l'aime pas. Ecoutez ce gamin qui piaille pour un bout de pain que sa mère lui donnera parce que le King à la maison, c'est lui. Ben je ne peux pas non plus.
De temps à autre par contre je les aime. Ce petit jeune qui laisse sa place à une femme aveugle, je l'aime. Et le joueur de musique me fait taper du pied. Je le remercierai d'une pièce qu'il me demande. Ca ne me coute pas grand chose et je lui rends beaucoup plus que ce qu'il demande.


Plus que cinq arrêts. Un papy se gratte, un jeune le regarde. Le cadre téléphone et prévoit son week end : Bouffe, teuf, soif, foot. Quatre mots dignes d'intérêt pour les deux jours qui s'annoncent pour qui travaille 45 à 50h semaine. Le repos, le lâchage, le pétage de plombs.
Tiens un petit vieux me porte intérêt. Mais je suis mort. Alors je l'emmène dans mon monde, et joue au jeu de la conversation. Je lui enlève les chaînes de la morosité pour un sourire, une situation, un instant. Le voilà qui me parle, me précise ma situation. Je continue d'écrire.
- C'est pour les cours ou vous emmenez du travail à la maison ?
- C'est autre chose. Un texte, une humeur, un moment de vie.


Visiblement l'autochtone veut communiquer. Soit. Je ferme mon cahier, je rentre mes garailles, et je lui réponds. Les gens ne se parlent plus car on ne leur adresse plus la parole. Mon voisin voulait tchatcher, je lui ai répondu. En toute amitié, le temps d'un voyage, et je me dissipe. Une poussière dans la contrée citadine, au milieu du flot inhumain d'une population animale. Et puis je disparais.

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 22:29

Que faut-il étudier pour devenir un héros ? Voire même un super-héros.

Aujourd’hui j’ai fait la connaissance de Jack Bauer. A l’époque je connaissais déjà John McClane. Harry est mon ami, Peter est comme un frère. Quant à Bruce, Clark et Ethan Hunt ils ne sont que les membres de mon groupe fermé d’amis que j’ai conquis avec beaucoup de force.

Ils sont très forts. Mais ce que l’on ne dit que rarement c’est qu’ont-ils fait pour être si forts ? C’est vrai non ? Que faut-il étudier pour devenir un héros ? Alors pour certains on le sait.

Harry Potter a fait une école un peu spéciale pour les gens comme lui un peu spéciaux. Nous Moldus, on n’en est pas… A quelques exceptions prés, des élèves très intelligents, pas d’admission à Poudlard autre qu’avec une patte blanche ou une baguette (magique bien sur). MacGyver, en voilà un héros au grand cœur, toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin. Etudions donc la physique nucléaire comme il l’a fait, et peut être aurons-nous la chance de savoir comment construire un fer à souder avec un coton-tige, un paquet de farine et une bouteille de Schweppes.

Cela fait deux. Parce que John McClane là on ne sait pas. Ecole de police ? Droit ? Psychologie sociale pour savoir parler aux terroristes ? Faut-il passer une formation pour inventer comme leitmotiv « Yipi Kaï pauvre con »… Hummmm je m’interroge.

Jack Bauer… Voilà un type qui, une fois par an, ne dort pas pendant au moins 36h. Nous le voyons pendant 24h  non-stop sachant qu’il a déjà commencé sa journée quand on le découvre, et que celle-ci n’est pas terminée quand on le quitte. Voilà un type qui pendant 24h chrono ne dort pas, ne mange pas, ne boit pas, ne va pas aux toilettes ni pour pisser, chier, ou se refaire une beauté. En 24 heures, il torture trois ou quatre terroristes, il déjoue un complot mondial, il se fait prendre en otage, détourne un avion, s’évade de prison, fait face à une mutinerie… et le gars jamais fatigué, il repart comme un lapin en recherche d’une carotte bien pendue. A l’heure où on nous saoule avec les « travailler plus pour gagner plus », voilà un exemple parfait d’une politique sarkozienne. 24 heures  de boulot non-stop !!!! Bonjour les heures sup’ défiscalisées. Bon ok il n’a pas de vie de famille. Ok il sauve la planète. Ben oui il faut bien une contrepartie à tout cet engouement.  Jack Bauer, le type au forfait téléphonique illimité. Franchement, moi je téléphone 4h dans le mois, et je suis hors forfait au bout de 15 jours. Lui faudrait qu’on s’amuse à compter le nombre de fois où il téléphone en 24h. C’est son opérateur qui doit être content. Le gars il connait le numéro du CTU par cœur. A la limite… Mais dés qu’il a un autre numéro à faire, il le connait de tête. Avec tout ce qu’il passe comme coups de fil, son téléphone n’est jamais déchargé. Ni son PDA d’ailleurs. Ca c’est quand même super fort. Moi je téléphone deux heures avec mon portable (et c’est pourtant pas un Iphone) et pourtant… Il se décharge comme le fusil d’un chasseur un jour de battue.

Quand je dors, je me prends à être James Bond ou Michael Scofield. Pourquoi ne suis-je pas aussi intelligent qu’eux ? Non c’est vrai… j’aurais pu me faire des tatouages avec les leçons pour passer mon bac. Je n’aurais pas eu à réfléchir  pendant des heures et me taper une sale note parce que le prof de math’ m’a saqué.  Pourquoi n’ai-je jamais eu cette relation platonique avec une femme qui n’avait d’yeux que pour moi et à qui j’ai toujours refusé ses avances. Pourquoi je n’ai jamais LA bonne vanne quand il faut, qui fait marrer les gens, sauve la belle blonde, fait pleurer le terroriste qui rentre au commissariat les pieds devant, prêt à tout avouer sur ses méfaits, la hargne qu’il a contre le système et la honte qu’il va se taper devant ses camarades communistes parce qu’il n’aura pas réussi à déstabiliser le système capitaliste… JE VEUX ETRE UN HEROS !!!!!!!! Je veux sauver la planète, je veux que la veuve et l’orphelin se souviennent du blondinet qui a sorti le bébé des flammes mortelles de l’hôtel qui a pris feu… En fait, il faudrait que je fasse parler de moi.

Je vais organiser un enlèvement. Je vais mettre mon plan sur pied. Avec  un cambriolage où je dupliquerai la chambre forte d’un casino. Ca ne s’est jamais fait en plus. Et puis ensuite, je demanderai une rançon que le gouvernement aura 24 heures chrono pour me livrer sinon je ferai  péter la poubelle en face de chez moi. A coté de cela, comme je resterai anonyme, moi Matt (le touriste dépêché sur place qui était là au mauvais endroit au mauvais moment) je localiserai la bombe (à eau) je la désamorcerai parce que j’ai étudié le manuel du petit chimiste et « les mines anti-personnelles pour les Nuls ». Puis comme les terroristes sont stupides, et qu’ils ont laissé leur adresse sur le carton où était la bombe, je me rendrai chez eux, j’aurais appelé la police, et quand ces derniers arriveront (parce qu’ils sont toujours en retard) les terroristes seront ligotés autour du poteau central de la maison où ils avaient établi leur quartier général. Je délivrerai la blonde qui me dira merci.

Et puis cette dernière ira se réfugier dans les bras de son mec qui attendait dehors avec tous les policiers… Ahhhh nooooon !!!!!!!!!!!!!!!  La blonde elle est pour moi. Beh non… Bienvenue dans le monde réel. Allé, j’te paye un MacDo… Le héros s’en contentera.

 

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 00:23

Il a le nom d'une machine de guerre, un engin de mort qui sème la terreur autour de lui.
Son nom, c'est Beretta. Laurent Beretta. Avec un patronyme pareil, il aurait pu être flic à New York. une gueule d'ange, un physique à faire pâlir n'importe quel héros de série télé pour ado pré-pubère ou ménagère de moins de 50 ans. Je le vois bien en train de traquer du terroriste, investiguant pendant 50 minutes et sortir une citation moyenne juste avant le générique de fin du style "Hé... On s'est bien marré non...". Bof... Beauf surtout...
Non il a choisi magicien. Ca me met dans de sales draps pour la suite de mon histoire policière (transition la plus nulle de l'histoire des forums internet)... Des draps. Un drap... Blanc, qui vole et virevolte. Blanc comme l'innocence de ce couple, la pureté de leurs mouvements, la propreté de leurs âmes, l'harmonie parfaite. Ce blanc si naturel qui apparait et disparait au gré d'une musique ensoleillée, dansante. Une partenaire qui vole, qui flotte et lui qui lui répond.
L'arme et la poésie. Un paradoxe. D'où le titre de son spectacle vu hier soir au théâtre Trévise à 20.00 Métro Cadet ou Grands Boulevards dans le 10ème (si je ne me trompe pas). J'ai tout dit ?? Non.
Un spectacle et un homme. Oscar Wilde. Un hommage à l'artiste par l'artiste. 2 arts qui se complètent, ou qui se rejettent, qui s'entrechoquent, un peu comme les deux êtres sur scène qui se cherchent sans se trouver, ou qui se trouvent sans se chercher tout dépend de l'instant. Un homme, une femme, un chapeau melon, une chaise. C'est tout. La magie fait le reste, elle opère, elle nous transporte avec sa danse, dans les pensées les plus profondes de l'homme d'écriture, dans ses critiques envers la société. L'arme au poing, Beretta se fait son messager : les journaux, les Hommes, les personnages so British, et le moment de poésie nous re-dévore de l'intérieur, la technique disparait pour laisser la place à l'émotion.
C'est du grand art, de ceux qui nous font oublier les dures lois de la vie réelle : Le bruit, la violence quotidienne, les gens qui font la gueule... Tout est oublié pour partir au loin, dans un état second gouverné par un conteur muet et sa compagne à la silhouette furtive.
Merci pour ce grand moment de magie, et longue vie à vous deux.

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 00:19

Hildegarde et moi, on se provoque

Je suffoque, elle me regarde

Cette situation est loufoque

Mais j’n’en prends pas pour mon grade.

 

 

Je la confie pas à mon frère,

Je la confie pas à ma sœur,

J’la confie pas à ma mère,

J’lui achète un vibromasseur.

Il faudra qu’elle s’trouve un mec,

Un de ces grands et beaux chiens,

Qui un jour lui fera naître

Tous les 101 Dalmatiens.

 

 

Refrain

 

 

Quand je la promène, dans les champs, les forêts

Et qu’elle me ramène un lièvre déchiqueté,

Moi, je suis son maître en vociférant

Et je la maltraite, je suis son amant.

Et elle se sert de moi tout en faisant l’eunuque,

Comme Rantanplan, le chien dans Lucky Luke.

 

 

Refrain

 

 

Toute seule dans son panier, elle remue la queue.

Elle me fait dire que j’pourrais l’abandonner.

Et moi qui n’l’aime pas, je l’adore, je la vénère,

Et c’est pour ça que donc, j’la filerais pas à mon père.

En me souriant, elle se tourne la langue,

Elle se lèche les poils, se mordille la queue,

En jappant de surcroît pour que je l’insulte à qui mieux-mieux.

Alors on joue au poker, elle bluffe, elle part en vrille.

Comme le cocker, le chien dans Boule et Bill.

 

 

Refrain

 

 

Elle adore Michel Drucker et Olga sa p’tite chienne

A chaque fois qu’elle la voit elle se demande pourquoi

Une chienne si moche que ça, ça passe à la télé,

Alors que toute belle qu’elle est… Elle voudrait participer.

Alors je la réconforte, elle se remet à sourire

Et elle redevient aussi heureuse que Droopy.

 

 

Refrain

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 00:17

Dans un champ de la Drôme

La tondeuse à gazon,

Errant parmi les chaumes

Après la fenaison.

Aperçoit dans un trou,

Au bas d'un éboulis,

Au milieu des cailloux

Une grosse touffe d'orties

Bien vertes, et bien grasses,

Parfumées et juteuses...

Mais le trou est profond...

Elles sont vieilles et coriaces !

Dit alors la tondeuse

Dans le fond,

Laissons-les aux débrousailleuses.

Mieux vaut se serrer la ceinture

Que de se casser la figure.

 

François Grand Clément

in "Fables en vrac"

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 00:15

"Oh oui frotte moi" dit la cuillère. J'éponge, je frotte, je lave et je rince. "Vas-y fouette moi" crie le fouet, pique moi la fourchette, et noie donc le verre. De la mousse, de la mousse, je mousse, et trémousse ma frimousse dans les vapeurs d'eau, de produit vaisselle, à la poire-menthe extra brillant. Et j'applaudis. Ca éclabousse partout, j'en rajoute à qui mieux-mieux. 

L'assiette se moque, elle se rit de moi. Après le riz au lait, le vin de noix, les couverts se mettent à table pour la toilette. Mal assis, pas debout, pas assis, à l'envers, devant-derrière, les uns sur les autres, ils s'étranglent pour sortir, sortir par l'angle de l'évier, c'est efficace. Les couteaux en tête de file, comme dans une manif' dans le carré de tête. La violence, c'est leur truc, vas-y que j'te retiens, que je te griffonne ; C'est sans compter ton reste de viande de midi, tes raviolis de la veille. Qui s'accrochent, à la casserole, qui se tiennent à la poêle.

Je suis le maitre de l'éponge. Bob est mon ami, et je vis au fond des mers. J'éponge, je sue, et m'éponge, mes pongées sont poites, mes mains sont moites, je survis de cette aventure par l'ascension sur cet amas d'objets inactifs, mort-nés, dépossédés de leurs âmes, bons à finir dans un égouttoir. Je fume ma clope, je pense au gâteau au chocolat, je bois un verre, et me remets au boulot.

C'est à la planche à découper, la tomate n'a pas fait long-feu, les concombres sont digérés, les carottes sont cuites et les patates restent à faire. Ah, je viens de trouver la fève. Allons-y gaiement, pour une chanson en riant, pour une vaisselle rayonnante...

Je lave mon bol

J'ai vraiment pas d'pot

Je vois l'auréole

De mon chocolat chaud.

Je rattrape ma poêle, avec un bout d'gigot

Alors je gratouille, je vois un escargot.

Je fais ma vaisselle

Ca vous étonne mais bon.

Je comptais sur Estelle

Et j'me r'trouve comme un con.


Je vide l'évier. La mousse reste. Je fais tout voler en éclats. La mousse s'en va, je me trempe la chemise, me retourne le tablier. C'est fini. Je rends les armes.

 

Par Mathieu
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 00:10

J’ai parlé avec Berlioz. On s’est raconté nos vies. Il m’a montré sa prose, je l’ai envoyé aux olives… J’ai parlé à Mendelssohn, le grand voyageur, il m’a montré ses violons. Je lui ai dit que je n’avais pas peur.

Un, deux, trois, quatre violons, et plus même, une vingtaine de quatre cordes, et plus encore avec les violoncelles et contrebasses.

J’ai vu un concert de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse. J’ai compris pourquoi la symphonie de Berlioz était fantastique.  En 1830, on l’a appelé comme ça, parce que les gens n’étaient pas prêts à entendre un morceau pareil, un ensemble de quatre mouvements, dont un assez connu «  La marche au supplice », comme si Berlioz nous racontait quelque chose.

Ca commence avec le concerto pour violon et orchestre de Félix Mendelssohn. Avec un soliste au violon, Renaud Capuçon. Tête de premier de la classe, coiffé comme Tom Cruise, dans certains de ses films, il arrive avec sa vie, son œuvre, son violon. Et vogue la galère, il part conquérir les flots. Le chef orchestre, le chef d’orchestre, la baguette à la main, fait vivre toute cette micro-société, d’une main de fer dans un gant de velours. Parce que le moindre faux mouvement, et c’est l’escalade. Alors on le suit, on part avec lui, voguent les violons, naviguent les flûtes, un violon, puis deux en même temps, tous les violons sauf le soliste, nargue tout le monde en radin, en perso, en celui-qui-ne-fait-pas-comme-tout-le-monde.

On se pose aussi toutes les questions du débutant, de l’amateur, du novice, du néophyte, de l’apprenti, du cadet, du candide, bref du profane… Comment tous ces types comme ça, pouvaient imaginer, créer, mettre en place, des morceaux de musique avec tant d’instruments, de personnes, de volontés ? C’est le génie. Et ce qui sépare le génie de la folie ne se mesure qu’à l’aune du succès.

Entracte. On passe de suite à des considérations plus matérielles entre la vente de pop-corn (oui oui) et les obligations naturelles. Car Monsieur Berlioz va nous tenir la tchatche pendant 55 minutes non-stop. Pas question de partir avant la fin, pas d’excuse, de vacances, de toilettes, de décès de grand-mère, même pas un mot des parents. On se ressasse la première partie et tout le rituel qui m’était inconnu. Le violon solo qui accorde l’orchestre, le soliste (invité de la soirée) au violon lui aussi qui ensuite apparaît, puis le chef, le dirigeant, l’homme à l’outil, celui qui voit, et que l’on suit, qui fait signe, qui orchestre, qui mène le tout à la baguette. Et puis la fin, avec les applaudissements. Le chef s’en va avec le soliste et puis on les rappelle. Puis ils repartent pour revenir, et se répètent jusqu’à ce que le public se lasse. Pour l’anecdote, le plus long rappel de l’histoire de la musique a duré 1h10 ; Ca vous fait 1h10 à applaudir. Autant vous dire que vos bras doivent suivre. Parce que un quart d’heure déjà, c’est long… Alors 1h10… faut reconnaître, c’est brutal.

Quand la symphonie fantastique commence, l’orchestre est au complet. Deux harpistes ont rejoint la communauté, ainsi que les cuivres et les percussions. Et c’est parti, les uns répondent aux autres au rythme haletant de la baguette. Voguent les violons, naviguent les flûtes, branle-bas de cuivres avant que les timbales ne résonnent. Il y a de tout pour faire un monde, et il faut de tout pour un orchestre. Et dans la salle profonde, un homme dirige d’une main de « Mestre ». Crescendo, decrescendo, on écoute, on frémit, on ressent, la folie musicale. Alors que les timbales brutales trimballent leur bruit au fin fond de l’océan, les sirènes harpistes nous enchantent de douceur, et nous sommes conviés à suivre leurs dix doigts frotter les cordes de l’instrument mythique, de l’instrument divin. C’est fort, c’est doux, c’est lent puis rapide. C’est la réponse à une question, une conversation à plusieurs dont Berlioz nous montre les ficelles pour que le problème soit résolu.

Et puis d’un coup, tout le monde part dans un enchaînement symphonique de quelques phrasées… C’est fini. On rallume. Salut l’artiste, les artistes, les habitants de la Communauté qui nous ont fait partager leur savoir-vivre.

L’émerveillement est le premier pas vers le respect. Je reviendrais.

 

Par Mathieu
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