Lundi 11 juillet 2005

Salut je m’appelle Hector. Je suis un panneau de signalisation. C’est bizarre n’est-ce pas de parler à un panneau de signalisation. Une chose, un objet, un truc inerte qu’on aperçoit le long de la route. Et pourtant, pour aussi inerte que je sois, je peux tout de même vous assurer que j’en vois des vertes et des pas mûres. Moi, je représente un animal sauvage en train de gambader, un cerf. Y’en a très peu de mon coté, mais bon, le cerf c’est le symbole du sauvage. Ils auraient pu trouver mieux. J’te dis pas la honte quand il doit en imposer face aux autres animaux. Lui, le cerf, contre n’importe quel autre félin...


Oh !!! qui c’est le symbole de la sauvagerie ???  

 Mais oui c’est toi... Allez va plutôt nous chercher un café.


Je suis situé sur une bordure d’autoroute. Le paysage est sympa sans plus, mais par contre je vois du monde. Et alors on dira ce qu’on voudra sur les animaux, amoraux, indignes, ne vivant que pour satisfaire leurs besoins primaires etc... Les humains, les êtres humains, hommes, femmes, jeunes, vieux, tous confondus, ils en tiennent quand même une bonne couche. Le mieux je crois c’est dans les embouteillages. On se rend vite compte de la réalité de la nature humaine. Et puis, vu que ca avance à petit pas, nous, on contemple la misère humaine avec le sourire sans que personne ne nous remarque.


Prenez par exemple cette Xantia bleue nuit. La famille type. Mari, femme, deux enfants. Obnubilés par la Game boy, ces deux derniers sont calmes. Ce n’est pas plus mal. Lui au volant de sa berline, se croit le Roi de la route. Il insulte son prochain parce qu’il n’avance pas, et pensera au fou furieux de suite après qui passera plus vite que lui. Y’a les grosses têtes á la radio, Vincent Perrot vient de raconter une blague sur les arabes... Il rit de plus belle. Il aime bien Vincent Perrot. En plus c’est un sportif, ca lui donne l’image d’un type animé, pour lui faire oublier son bas ventre et son laxisme pour se bouger. Un doigt dans le nez, on dépose sur le siège, de toute façon c’est Monique quoi nettoiera. Ah !!! ca y est ca avance. Le vieux rouspète, postillonne, passe la première en pensant que ca va se dégager. Je parie même qu’il va jurer. 


-          Putain, c’est pas possible, y’a un bus de cons devant ou quoi ????

 

Il ne faut jamais sous-estimer le caractère prévisible de la bêtise humaine.

 Quand je contemple avec désespoir la scène que je vous décris, je pense à la voiture encastrée dans l’arbre, la cause de l’embouteillage. Le conducteur, quand il a pris le verre en trop, pensait-il qu’il se ferait insulter comme une grosse merde par un beauf aussi alcoolisé que lui mais qui l’ignore totalement ? Je ne pense pas.

 L’alcool... On en reçoit de temps en temps. Une bouteille lancée et qui s’explose sur nous, ou un type qui dégurgite ce qu’il a avalé la veille. J’vais pas vous la jouer démago «  l’alcool au volant c’est pas bien » j’ai d’autres choses beaucoup plus sympa à vous raconter.


 Par exemple cette bande de jeunes qui écoutent de la musique à fond... De la techno... BOUM BOUM BOUM... toujours la même, toujours pareil...Pas la meilleure idée pour draguer les filles dans l’Opel corsa juste à coté. Ils auront essayé.


 Je me souviens aussi des écouteurs de radio : Guy Carlier sur France Inter qui se lamente comiquement sur la misère de la télé, Arthur qui nous pond une autre émission de radio aussi nulle que ses émissions télé, Rire et chansons, où l’on écoute des sketches pour se marrer, et des chansons pour rêver. Ecouter les Rolling Stones après un sketch de Coluche et l’on se souvient avec remord pour quoi on n’est jamais allé a Woodstock. Ah tiens un type téléphone et sourit. Il ressemble à un jeune cadre dynamique qui vient d’apprendre son avancement. C’est bien. Un actionnaire de plus dans un monde où la pauvreté n’est que le cadet de leur souci.


 Ah.... le voila... Le bus de la colonie de vacances des enfants d’agents de la SNCF. Ils chantent « Ye Ye les copains c’est demain qu’on s’fait la malle »... J’aurais aimé aller en colonie comme les humains. Loin des parents, rien qu’avec des gens de ton âge, à rire et chanter, à embrasser des filles en cachette pour pas que les monos te repèrent, à faire des randos, de l’escalade, du bateau, ou des cabanes. Si tous les enfants pouvaient avoir les mêmes avantages...

 Papy et mamie rentrent de vacances. Ils vivent à la ville mais ont une maison à la campagne, la maison de famille, celle où on passe Noël avec tout le monde, et Pâques aussi... Ils ont passé un bon moment, à dormir dans le jardin sur la chaise longue. Mamie, a terminé son canevas, testé une nouvelle recette de cuisine, qu’elle prépare devant « On a tout essayé » parce qu’elle aime bien Pierre Benichou et Laurent Ruquier. Papy, lui, a réparé le tracteur, et l’a prêté au voisin. Il a bricolé ici ou là, changé trois vis, rajouté deux clous, quelques ampoules, et tout va bien. Là ils retournent à la ville avec leur quotidien citadin. Ils bougent pas mal, ca permet de ne pas vieillir, de ne pas mourir. Le club de bridge les attend comme tous les lundis, l’association du troisième âge aussi, où l’on va revoir les voisins, et faire une partie de scrabble endiablée comme tous les mercredis soir.


 Je m’imagine leur vie, la vie de tout le monde. Ca fait passer le temps et travailler l’imagination. Je suis quelqu’un d’heureux, je n’ai aucun problème. J’aime bien balancer sur certains gens et en aimer d’autres. Peut être suis je plus humain qu’on ne le croit ?


 Allez, à bientôt sur l’autoroute.

 

 

 

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Mercredi 15 juin 2005

Oh je suis en colère!!! On m’a volé mon stylo plume. Qui peut donc être aussi méchant pour me voler un tel objet ? C’était ma propriété, mon objet fétiche, mon stylo préféré. Avec lui, j’ai vécu toute ma vie scolaire. On a tout connu ensemble. Même si parfois, c’est vrai je l’ai un peu maltraité, en le mettant dans ma bouche comme un vulgaire bonbon et à le mâchouiller, je le vénérais, je l’idolâtrais, le mystifiais et á chaque fois le redécouvrais.

 

 Il est bleu métallisé si vous le voyiez. Et si quelqu’un le retrouve, je vous autoriserais à le toucher, à écrire quelques lignes avec. Il a un bouchon avec un W écrit en doré. W, c’est marrant parce que si on le met á l’envers, ca fait M. Comme Mathieu. Ca en faisait un stylo personnalisé. C’était mon ami pour la vie. On s’était juré fidélité jusqu'à ce que la mort nous sépare, comme papa et maman, devant le Monsieur avec le drapeau français

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Il a connu toutes les couleurs : Le rouge et le noir pour mes années rebelles, le rose pour mes années romantiques, le bleu turquoise pour mes vacances, quand j’écrivais sur mon petit carnet tout ce qu’il se passait pendant mon séjour chez papy et mamie. Le turquoise, en plus, ça ne s’efface pas, comme ça, je ne pouvais pas revenir en arrière. Et puis y’avait tellement de choses à faire que ca m’a pris du temps de tout écrire. Mon stylo, il ne pouvait pas s’arrêter, quand je commençais. Comme s’il savait par avance ce que j’allais écrire. Et puis il a connu le bleu ; le bleu normal, celui qui écrit à l’école, celui qui écrit sur les lettres.

 

Ce bleu là, il en aura fait des choses avec la plume. C’est grâce à lui que j’ai eu 10/10 à la dictée du brevet, Bon c’est grâce à lui (ou à cause de lui) que j’ai eu 6/20 en maths au bac. Ce jour là, il n’était pas de bonne humeur. J’aime pas quand mon stylo plume n’est pas de bonne humeur. Pourtant, c’est arrivé pas mal de fois. D’autant plus qu’il est jaloux, quand j’utilise un stylo bille. Faut qu’il comprenne aussi, que pour faire des signatures, c’est mieux le stylo bille. Quand je demandais á mes parents de signer mes devoirs, quand j’imitais leurs signatures pour les avertissements, ou les heures de colle, j’étais obligé d’utiliser un stylo bille, Alors il faisait la tête. Il n’écrivait plus. Il voulait que je lui demande pardon en rendant plus humide l’encre qu’il avait asséchée. Ce que je faisais. Et hop, comme il n’est pas trop rancunier non plus, il se remettait á écrire, et on repartait comme on était arrivé. C’est grâce à lui que j’ai appris à écrire, en bon français comme disait l’instituteur. C’était embêtant les cours d’écriture, il fallait reproduire la même lettre sur toute la ligne. C’était répétitif au possible, mais le maitre nous disait «  Ca vous servira pour plus tard ». Encore un arriéré qui n’avait pas compris l’utilité de l’ordinateur. Quoique arriéré pas sûr… C’est peut être grâce à lui aujourd’hui que j’arrive  écrire ces quelques lignes. Ce stylo, c’est aussi grâce à lui que j’ai écris ma première lettre d’amour, grâce à lui que j’envoyais des nouvelles à mes parents quand j’étais en colonie de vacances.

 

Mais alors bon sang… Qui est ce voleur ? Ce brigand, ce gredin, ce moins-que-rien, ce boit-sans-soif, cet inhumain, sans aucune morale, sans honneur ou dignité pour la nature humaine. Qui est donc ce malotru qui m’a piqué mon stylo plume ?

 

Si jamais je l’attrape, je lui crève les yeux. Ou alors je dis simplement à la maitresse que j’ai trouvé le coupable. C’est à cause (ou grâce) à des gens comme lui que je veux faire policier. Mon copain Pierre, il veut faire policier aussi, mais pas pour les mêmes raisons. C’est parce que lui, il a vu Starsky et Hutch à la télé, et il veut devenir comme eux. Il est bête Pierre, il ne sait pas que Starsky et Hutch c’est pour de faux. C’est les américains (comme disent papa et maman). Non il ne sait pas Pierre. Moi je serais comme Navarro, lui c’est pour de vrai, j’ai reconnu la voiture qu’il avait, les policiers chez moi, ils ont la même. Et Navarro, il gagne toujours…je retrouverais certainement mon stylo plume.

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Mardi 14 juin 2005

Il a fini, terminé. Il rentre chez lui, avec aucune proie dans le coffre de sa voiture. Ce n’’st pas grave, il s’est baladé, il a pris l’air c’est ce qui compte. Il se remémore sa matinée. L’aube commence à peine, et il se réveille dans le noir. Pas besoin d’appareil électronique, il se réveille naturellement, quand il le veut. C’est une habitude qu’il n’explique pas mais qui le fait sourire. Il embrasse sa femme qui émet un soulagement et se retourne de l’autre coté. Lentement, comme s’il répétait des gestes appris par cœur, il se prépare. Tout en buvant un café, il vérifie son matériel. Il polie son fusil, son ami, son autre moitié. C’est une arme certes. Mais dans ses mains, cela veut dire autre chose. Il n’a pas l’âme productiviste. S’il ne ramène pas de gibier cette fois, il reste des grives au congélateur de la dernière envolée. Le chiffon reste propre ; C’est peut être parce que polir le fusil deux fois par jour, ne sert à rien. Il reste propre. Mais ça le rassure, il prend soin de son matériel. D’ailleurs, tout est stocké dans un endroit où lui seul va : un petit cabanon dont lui seul a la clé, et où il entrepose ses bottes déjà lavées, son imperméable tout déplié, et un pantalon presque repassé. Il se change. Au loin, il entend le chien revenir de sa promenade matinale. Lui aussi il est prêt. Il sait ce qui l’attend. A ce propos, il attend déjà le maître près de la vieille 4L que l’on ne garde que pour la chasse.

 

La chasse… ça pourrait presque être un mot grossier. Chasser le gibier, le faire souffrir, et le tuer. C’est barbare. Mais pas pour lui. Pour lui, c’est autre chose. Il respecte ce qui l’entoure, la faune, la flore… qu’il connaît par cœur. Il sait où il va, méthodique, stratégique. Le chemin de terre est cabossé. Ca secoue dans la vieille voiture, mais pour rien au monde il ne voudrait que la route soit refaite. Ca fait partie du jeu. Il rencontre les collègues, on déplie la carte de la zone, on repartit les taches, les territoires. C’est parti, il va pouvoir vivre sa passion. Car la chasse, c’est ça qu’il adore. Il ne vit sa semaine que pour son week-end. Cette matinée dominicale pendant laquelle il quitte tout, son job, sa femme, ses enfants, le milieu citadin dans lequel il vit, le stress, la télé, la radio, les mauvaises nouvelles, la guerre ou la famine… tout. Il ne pense plus qu’à ça, qu’à lui, á ses 4 ou 5 bonhommes venus l’accompagner, rester concentré, mais profiter de la vue, même s’il la connaît par cœur.

 

Ils arrivent á point nommé. C’est par là que sont les proies, leurs proies. POUM !!!!!! Il entend un coup de fusil, un chien qui court, et qui revient. Un lapin a succombé. La chasse à son coté pratique écologique, pour la reproduction de l’espèce. Il le sait. D’ailleurs il ne braconnera jamais, non pas que la loi l’interdise, il l’a déjà franchie de temps en temps. Non… mais par respect pour les animaux. Il ne comprend pas la chasse au tigre blanc ou au rhinocéros. C’est la honte de sa passion, de son loisir, de son art, la brebis noire du troupeau. Il en faut, il y en a partout, mais là quand même, ils sont vraiment allés trop loin.

 

La matinée se termine, le soleil est toujours là, et la rosée du matin n’a toujours pas disparue. L’air frais de la forêt demeure présent, signe de la fraîcheur automnale. Ses bottes sont trempées, il a les pieds tous froids. Qu’importe. Il repart les mains vides. Pas plus que d’habitude, ni moins d’ailleurs… Il s’en moque de toute façon, il n’est pas la pour produire des victimes animalières de ses balles tueuses. Il préfère penser que la mort succède á la vie, et qu’un lapin de moins, c’est toujours de l’autre coté un lapin qui naît. C’est le cycle de la vie. C’est son point de vue.

 

Il se sépare de ses collègues. A la semaine prochaine. Il arrive chez lui, tout est déjà prêt. Son épouse est une femme formidable. Ce n’est pas pour rien que ça fera trente ans la semaine prochaine. Il range son matériel, méticuleusement, comme il l’a trouvé. Cet après-midi, il passera un coup de chiffon sur son fusil. Un coup de plus, pour se rassurer qu’il est bien là.

 

 

 

 

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Mardi 7 juin 2005

Les gravillons, le béton, la route bordant le port.  Je lève la tête et je la vois. Elle est là, assise, les cheveux au vent, fixant les vieux bateaux de pêche tout en mangeant une pizza. Je m’approche et au moment où je lui passe devant, je lui dis bonjour. En tant que jeune demoiselle de bonne éducation, elle me répond. J’entame la conversation, futile, en lui demandant si c’est sympa de manger une pizza en regardant le port. « Oui » me répond-elle.  « Tu devrais essayer »… On prend congé. Mon périple commence. Si je devais résumer mon séjour à Dingle, ce serait par cette rencontre, qui, aussi brève qu’elle fut, s’est avérée enivrante, envoûtante et gracieuse…

 

Dingle, c’est un village de pécheurs, à l’Ouest de l’Irlande. J’y suis seul, comme un pingouin égaré sur la banquise, et cherchant son troupeau. Au moment où je pose mes valises dans le Bed and Breakfast, je me dis que ça va être bon de profiter de tout ce silence, seul perdu au milieu de nulle part… Je demande quelques renseignements à la propriétaire, une femme charmante, qui adore les voyages elle aussi. Et je commence ma balade villageoise, deux ou trois petites rues, mais des pubs partout… C’est la spécificité de Dingle. Ma promenade m’amène à croiser un couple de Français tout aussi perdus que moi (qui ne l’était plus). Puis quelques photos plus tard, je m’engouffre dans un petit resto qui ne paye pas de mine. Alimentation classique, mais ambiance conviviale. J’ai une discussion avec des allemands, qui m’ont piqué mon dessert, puis des français encore et toujours. Il y a des français partout en Irlande. Pas qu’à Belfast ou à Dingle, mais où que vous alliez, vous en trouverez. Je leur donne rendez vous pour le soir dans un pub du village, J’avais prévu plus ou moins ce que je ferais. Une tournée de trois pubs, où la musique irlandaise fredonnerait ses chants mélodieux, et ou la bière coulerait à flot. Alors je rentre dans le premier, plein d’enthousiasme, prêt à parler avec mon prochain, à lui dire comment j’aime son pays. Mais bon c’était à croire que le pub ne voulait pas de moi. La musique était là certes, mais l’ambiance trop jeune à mon goût, et trop impersonnelle faisait plus penser à une boite qu’au pub que je recherchais. Trois gorgées de bières plus tard et me voila dehors, à arpenter les rues vers le second pub. « The Small bridge », … C’est son nom. C’est mignon comme nom, même si c’est bizarre pour un pub. La musique a l’air sympa, alors j’entre. Et là … C’est la révélation… Je me dis que je veux passer toute ma nuit ici, à écouter cette mélodie entraînante, en parlant avec tout le monde. Parler, discuter, échanger partager…

 

Trouver quelqu’un avec qui je puisse blablater… Et voila qu’il se présente à moi… Il est là accoudé au comptoir à se morfondre dans sa solitude, et à compter toutes les pintes qu’il n’a pas encore bues. Je m’approche et nous commençons à discuter de tout, de rien, … hop il commande pour lui, je commande pour moi, et je paye pour les deux… Estomaqué l’irlandais… Il se dit « Mais c’est une blague… Pourquoi il va me payer à boire alors que je ne le connais ni d’Eve ni d’Adam ce jeune… » Et me répète…Toute l’intelligence du tourisme comme je l’aime entre en jeu à ce moment la. Le dialogue avec ton prochain est quelque chose qui ne lui ait pas familier. Il faut l’apprivoiser pour qu’il vienne vers toi, pour qu’ensuite tu puisses commencer à argumenter. Je le rassure, le côtoie, lui dit qu’il est entre de bonnes mains, les bonnes mains d’un simple touriste qui a envie de causer « engliche ». Et nous continuons. Evidemment il paye une tournée (sinon il l’aurait mal pris.. et moi aussi… je n’aime pas partir sur une seule jambe) et nous poursuivons notre débat : le pays, les gens, le conflit, la mer, la campagne, … Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Il est minuit, et le pub ferme… C’est comme ça en république, on ferme très tôt… Ca permet d’être saoul plus rapidement, et de pouvoir se lever le lendemain plus difficilement aussi… La flûte et le violon continuent de jouer mais il faut que nous finissions nos bières. Ainsi fut fait, je le remercie, et prends congé. Je me souviens encore passer devant les musiciens, leur dire bravo, un signe de tête, et ils sont heureux. Je repars dans ma chambre, à travers les rues trop sombres, car mal éclairées, ou alors, c’est moi qui ai trop bu… si peu, et qui voit de moins en moins clair. Les effets secondaires de l’alcool sont dévastateurs. Je me couche en pensant à cette musique. Demain, je vais faire du stop, pour aller à Slea Head. La musique reste la même, ce sont juste les notes qui changent de place… La liberté du voyage, c’est comme une partition : On prend plaisir à jouer l’original, mais encore plus de plaisir quand on ajoute une touche personnelle qui en fait une œuvre presque unique…

 

1h32, je vais me coucher. Je pense à la fille aux cheveux blonds, qui mange une pizza, et demain je vous raconte pourquoi elle m’a tant envoûté.

 

Vous ne me voyez pas la…. Mais je mange des cacahouètes. C’est super bon, surtout les grillées, celles là ce sont les meilleures. Elles pourraient être ma muse, si je devais imaginer, mais ce que je vais vous raconter s’est réellement passé. Le lendemain, après un Irish breakfast pris en compagnie d’une famille danoise venue en vacances, je commence mon voyage vers Slea Head, en stop. Il fait beau, les oiseaux chantent, c’est peut être la saison des amours, faut qu’ils en profitent, à Dingle il pleut tout le temps. Alors, j’admire le paysage. Je me ballade sur la route, en bord de mer, et les sapins me font le passage. J’ai l’impression qu’ils me regardent, qu’ils m’épient. Ils pourraient parler de moi s’ils le voulaient. «  Hé les gars regardez, y’a un type qui s’est perdu ; Il n’est pas d’ici lui, si il savait comment le temps change vite, il se risquerait pas à faire du stop »… Sur ce point ils avaient tort. Ca faisait quinze minutes que je marchais et je l’entends arriver au loin. Mon premier passager, mon premier conducteur. Un papy, qui passait par là, mais qui n’ira pas jusqu'à Slea Head, alors il m’avance. Je le salue, quand il me dépasse, et je le vois s’éloigner dans la direction opposée à la mienne. Cinq minutes plus tard, une autre voiture s’arrête. Un autre papy. Doivent se connaître je pense. Ici tout le monde connaît tout le monde. Le voisin habite à 1 km de chez toi, mais au moins on sait qui il est. On connaît sa vie, son œuvre, sa famille, et son futur. C’est convivial. Mais mon second conducteur ne va pas jusqu'à Slea Head. Il habite avant. Une vieille ferme, qui selon lui n’aurait pas besoin d’être retapée. Doit être trop âgé pour ça. Je continue ma route, bordée par la verdure, et le bleuté. Seul au monde, comme le type sur la couverture du routard, qui traverse océans et mers a la découverte de contrées. Et puis la troisième voiture s’arrête. C’est un couple tout mignon dans lequel Monsieur est surfeur. Une aubaine, ils m’amènent a destination.

 

Ils arrivent à me comprendre, même s’ils savent que je ne suis pas d’ici. Comme tous mes conducteurs, ils me demandent d’où je viens. Des touristes, il y en a tous les jours, des français aussi, mais qui font du stop, ça forcément c’est plus rare. Au moment, où ils me déposent, le gars ne sait pas trop où aller. Je lui rétorque sans problème, que je me baladerais dans la campagne, que je sortirais de la route, des sentiers battus. Ainsi fus-je…Et hop une barrière, le salut amical à quelques vaches (ils en ont aussi) et à deux ou trois moutons et me voilà sur le point le plus occidental d’Europe. Je suis fier. Bof… y’a pas trop de quoi. Je lève les yeux au ciel et le soleil me réponds «  T’inquiète jeune, je reste là ». Y’a plutôt intérêt, sinon je porte plainte. Je profite de la vue, prends quelques photos, et repars. Au loin, des gens jouent avec la mer, les pieds dans l’eau au bord de la plage. C’est ici que se finira Slea Head, par cette plage de sable mouillé, pas terriblement belle, quelconque.

 

Il est midi et quart quand j’amorce mon retour, le pouce tendu, et le sourire aux lèvres. C’est le mauvais moment de la journée, car tout le monde mange. Je marche une heure, et commence à avoir soif. Je m’arrête dans une petite villa. Une maison simple, belle, avec baie vitrée, comme une irlandaise, qui se doit d’être. Une femme charmante remplit le coffre de la voiture. La famille part en voyage. Je leur demande de l’eau, pour un cow-boy solitaire. La générosité irlandaise n’a pas de limite, ils me proposent une bouteille plus grande et à manger… Je refuse… Mon sac est assez lourd comme ça.

 

Au moment où je prends congé de mes hôtes, un bateau traverse mon champ de vision. Un beau voilier libre comme le vent sera alors pour moi l’éternelle métaphore du vide sur la mer. Vous avez déjà navigué sur un voilier ? Le silence, le néant, juste le bruit du clapotis de l’eau et de la voile tourmentée. C’est reposant.

 

Et puis, le voila qui arrive. Le 4X4 de la délivrance. Le conducteur est un paysagiste, surfeur lui aussi. Et allez vas y que je monte, je vais jusqu'à Dingle. « Moi aussi » me répond-t-il…. On dépasse deux autostoppeuses qui ne pouvaient plus être prises et me revoilà à bon port.

 

J’avais le bus à 14h30, pour la direction Tralee. Il était 13h30. J’avais encore le temps. Alors je suis allé manger un sandwich sur le port. Rien à rajouter… Je tape le carton avec un couple d’allemand, on prendra un café en attendant le bus en retard. Ca doit encore être la faute aux fonctionnaires, comme dirait le beauf. Le bus repose, le bus endort. J’arrive à Tralee, et on m’attend.

 

Une nouvelle aventure commence.

 

 

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Lundi 6 juin 2005

 

Un samedi soir, c’est à chaque fois différent, pour moi. Même si je sors le plus souvent, j’essaye de varier les plaisirs pour éviter une monotonie insolente. Et ce soir j’innove. Je ne sors plus depuis un mois car j’ai les examens. Et après une soirée télé, on ne peut plus banale, une envie d’écrire me prend soudaine. Je me lève de la place confortable où j’étais allongé, pour me diriger vers le bureau pour chercher de quoi écrire. Au loin, un voisin écoute de la musique, c’est toujours plus sympa qu’une émission de TF1.

 

Mon bureau, c’est une œuvre d’art à lui tout seul. J’ose avouer avec fierté que l’auteur de cette fresque est celui-là même qui vous écrit en ce moment. Une planche de bois, tenue par deux tréteaux, d’un blanc crème, mais dont la date de péremption serait largement dépassée. Un écran d’ordinateur orne le coté gauche du tableau, entouré de ces deux enceintes. A coté de lui, le gang des jeux de cartes discute et squatte en bas de son immeuble. Des jeux bleus, des jeux rouges, des jeux complets ou non, qu’importe. Les cartes volantes se baladent tout le long de cette planche. Il est vrai que ce doit être agréable de se promener sur un tel morceau de bois, vu qu’il est recouvert d’une tapisserie bleue, agréable au toucher. Le maître des lieux ou plutôt la maîtresse est la lampe de bureau, la lumière qui le fait vivre. C’est elle qui surplombe, qui commande, qui dicte sa loi au gré du filament. Elle est ornée de son armée de petits papiers sur lesquels on peut trouver un numéro de téléphone égaré, une pensée prise au hasard, une citation d’un grand écrivain.

 

Ce bureau, c’est une ville, un endroit où il fait bon vivre. Bien entendu, la vie n’est pas toujours rose. Il a subit mes brimades, mes insultes, mes colères, mes disputes. Et il  a ces habitants : des feuilles blanches, vierges de tout contenu, un livre d’anglais, un tapis de cartes qui attend ses pèlerins. Et au milieu de toute cette civilisation, un rouleau de scotch double face s’est égaré. Il demande son chemin à une paire de lunettes, sortie pour l’occasion, car si nos nuits sont noires, nos journées sont ensoleillées. C’est bientôt l’été, les jours rallongent, il commence à faire chaud. Un couteau suisse usé tente de reprendre du poil de la bête. Il aimerait bien une cure de jouvence, dans une station thermale spécialisée dans les gens de son espèce, mais les quelques centimes qui traînent sur la table lui font retomber tout l’espoir qu’il avait accumulé. L ‘école des crayons est présente elle aussi, avec son étui en forme de paquet de cigarettes.

 

Quelques touristes sont en visite : Une carte d’anniversaire, une photo de moi, et une carte postale provenant d’Espagne sont accrochées sur le mur et contemplent ce paysage graphique, désordonné mais emprunt d’une espérance de vie inimaginable. Deux chéquiers discutent avec un abonnement SNCF ; Je soupçonne une conversation sur la libre circulation des capitaux, des personnes. Un disque termine la visite, avec un sketch des Inconnus, des chansons de Ska-P. Ca permet de sortir des Mishal et autres Jonathan Cerrada, qui sont à la musique ce que le diable est au bon Dieu.

 

Il est 23h23, le tour de ville est terminé, espérant que la visite fût agréable et que nous vous reverrons bientôt. Les habitants vous saluent, en vous faisant des signes que personne ne remarque. En sortant n’oubliez pas le guide.

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Lundi 6 juin 2005

Il est 21h43, un mardi soir. Je devrais être en train de relire mes cours d’histoire, mais le cœur n’y est plus. Il est ailleurs. Allongé sur mon lit, je pense à elle. Dehors il fait noir, il pleut. Ma fenêtre est ouverte, et au loin j’entends un sketch de « Rire et Chansons » C’est ma voisine qui écoute la radio. Elle s’appelle Mélanie. Elle est mon ange.

 

Je ne peux pas vous la décrire, ce serait trop difficile, pas assez objectif et insultant pour sa beauté divine… Elle est l’image même de la splendeur, l’allégorie du charme mêlé d’un sourire d’une parfaite honnêteté. Un corps de fée que j’exalte, et que je découvre à chaque fois que je la vois. On voit pareil, on pense pareil, on vit pareil. J’ai l’impression d’être son double, et pourtant je l‘aperçois si loin.  Tant de questions que je me pose. Elle a l’habitude de prendre tout le monde dans ses bras, elle sourit tout le temps, même quand ça va mal, elle est généreuse, intelligente, heureuse de vivre. On est fait pour s’entendre, et c’est bien ce qui se passe. C’est ma voisine, mon amie. Et c’est bien là le problème. Pourquoi les personnes avec qui l’on est le plus proche, sont les personnes avec qui vous voulez aller le plus loin possible. Pourquoi à chaque fois que je m’attache à quelqu’un, la réciprocité ne joue-t-elle pas ?

 

 Je suis seul, désespérément seul. La solitude est une situation qui parfois vous rend libre mais qui vous enferme dans un cocon dont personne ne veut, une cage que personne ne peut ouvrir, une prison dont on ne s’échappe pas. Oui, c’est vrai, j’ai des copains, beaucoup de personnes en qui j’ai confiance. Et pourtant, pourquoi n’ai-je pas de véritable ami, à qui je pourrais me confier ? Pourquoi je veux être le confident de tout le monde sans avoir à parler de mes problèmes à qui que ce soit. Marc Twain disait «  Sois bon et tu serras solitaire » Suis-je alors aussi bon pour être si seul ?  Faut-il que je sois mauvais pour que Mélanie me remarque ? Faut-il être un horrible macho symbole du beauf moyen pour qu’une fille vous aperçoive ?

 

La solution la plus simple serait d’aller la voir, lui dévoiler toute la vérité sur mes sentiments. Trop dur, car si elle ne partageait pas mes désirs, notre amitié serait anéantie. Alors la facilité s’impose. Je garde le silence et j’attends, je me morfonds dans mon chagrin et dans ma peine. Je pense à tout ce que je pourrais lui dire, à tout ce qu’elle pourrait me répondre. Je jette un œil vers sa fenêtre ; Il pleut toujours autant. L’image d’un temps maussade qui reflète l’image de mon esprit. Un esprit perturbé par un ensemble de solutions qui se présente et une seule réponse à donner, à attendre.

 

Une larme s’enfuie et cours sur ma joue. Une larme qui me répond dans un langage que je ne comprends pas. Mon estomac se serre, mon cœur bat la chamade. L’auteur de ces mouvements est une fille que le hasard m’a envoyée. Elle est arrivée, à coté de chez moi et elle s’est présentée. J’ai appris à la connaître et aujourd’hui je la vois qui s’échappe. Elle n’est pas encore à perte de vue mais j’espère qu’elle reviendra. 

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Lundi 6 juin 2005

Nous sommes dimanche soir, et voila que l’envie d’écrire me reprend. Une envie forte de raconter comment s’est passe mon week-end, comment, loin du foyer familial, la rencontre de nouvelles personnes m’a amené á passer un séjour avec des gens que je ne connaissais pas voila un mois. La vie irlandaise fera certainement l’objet d’une autre chronique, laissez moi pendant celle-ci vous présenter mes nouveaux amis.

 

Depuis quelques temps, je passe des soirées, avec Christian, un étudiant allemand, Cecilie et Hanne respectivement norvégiennes. Elles sont belles comme des cœurs, blondes aux yeux bleus, des lunettes pour l’une, et une taille de mannequin pour l’autre. Christian lui, est étudiant en sport études, je vous laisse imaginer le reste…

 

Ce dernier, mardi de cette semaine, nous propose á tous de louer une voiture et de visiter un peu le pays. Belfast étant une petite ville, on en a rapidement fait le tour, c’est pourquoi j’accepte sans hésitation. Rien que l’idée de passer le week-end avec ces gens là me réjouis d’avance. Il ne nous manque qu’une personne pour compléter la voiture, Lindsay se présente alors. Américaine de son état, c’est une fille charmante, á la timidité surdimensionnée, et dont l’ennemi intime se prénomme Georges W…

 

La fin de la semaine passe et le samedi matin nous partons avec Christian chercher la voiture. Dix minutes á pied, puis l’enseigne « Budget » apparaît. A ce moment là, je me dis «  ouh lala, sur quelle voiture on va tomber », j’imagine une petite Clio de dernière main,  avec « Budget » écrit dessus. On règle le paiement et le responsable va chercher l’engin…Et quel engin ? Laguna 2 dernier cri, sans clé, tout est automatique ( sauf les vitesse) et en plus ( normal) le volant á droite…Avoir une voiture comme ça à ce prix là, faut être irlandais… Christian est notre désigné conducteur ; Quelques brèves de comptoir plus tard sur la sécurité, la place des pédales, et le levier de vitesse à gauche, tout va bien, on s’en va. On passe chercher les filles, et nous partons vers New Grange. Samedi 9h30 l’aventure commence.

 

Pas de problème pour aller jusqu'à New Grange, ce n’est quasiment que de l’autoroute. Juste avant d’arriver on demande un conseil au tabac du coin, qui nous indique. Tout roule… New Grange… Monument funéraire le plus spectaculaire et le plus ancien (3000 av JC) d’Irlande. C’est une tombe collective, à couloir, couverte d’un énorme tumulus, et entourée de 97 dalles sculptées pour certaines de motifs géométriques. Une galerie de 19m de long mène à la chambre funéraire, Elle abrite un bassin en pierre qui aurait contenu les cendres des souverains de Tura et des offrandes funéraires. Le 21 décembre, jour du solstice d’hiver, les rayons de l’aube pénètrent par la petite ouverture aménagée au dessus de la porte et éclairent le fond de la chambre. Petite demo fictive, ça doit être sympa en vrai…

 

Avant New Grange on est allé sur le site de Knowth, site qui fut occupé jusqu’au 19e siècle comme en témoigne les vestiges d’habitation et de souterrains. Ses deux galeries mènent chacune à une chambre funéraire, et du haut du tertre on domine toute la vallée de la Boyne. Le paysage est magnifique, de la verdure partout, plus ça et la des rocs de granits (pour new Grange) ou non (pour Knowth). La séance photo est obligatoire (vous ne verrez pas deux sites comme ça dans votre vie), et la bonne humeur des chauffeurs de bus vous amenant d’un site à l’autre ainsi que celle du guide vous fait oublier le mauvais temps (nous sommes en Irlande tout de même).

 

La visite se termine, nous retournons à la voiture, pour entamer le chemin du retour, non sans s’être arrêté au Visitor center de New Grange d’abord, puis à Monasterboice. C’est un monastère fonde par un disciple de Saint Patrick, vestige dont il ne reste aujourd’hui que trois croix géantes et une tour démolie. C’est joli, intéressant pour la culture théologique même si l’endroit reste un peu déprimant car il se trouve á l’intérieur même d’un cimetière. Heureusement, à ce moment la… Il ne pleut pas.

 

Sur le chemin du retour, je me perds dans mes pensées. Je suis là, avec un allemand, deux norvégiennes, et une américaine. On visite le pays, on s’instruit tout en s’amusant et parlant anglais (c’est aussi important car au vu du niveau j’ai du mal et je progresse). Tout le monde est heureux, sans souci aucun, c’est la joie de vivre et la bonne humeur ; Et on ne se quitte pas puisque Cecilie et Hanne nous invitent á manger. Lindsay décline l’offre, Chris et moi-même acceptons. Dîner mexicain décident-elles… Une bonne soirée se prépare. Elle fut á la hauteur de mes espérances.

 

Au final, je me suis couche á 23h30 fatigué, mais ayant passé une journée excellente. Rien qu’en pensant au lendemain, ou l’on va remettre ça, j’en souris d’avance.

 

Dimanche matin nous partons à Derry. Apres s’être trompé de direction, pour rattraper la bonne autoroute, nous partons finalement dans la bonne direction au bout de 3/4h de conduite. Les autoroutes sont gratuites. Je me penche sérieusement sur le paysage et les maisons irlandaises. Les habitants de l’île peuvent être fiers. Leurs maisons sont splendides. Autant en ville, suivant les quartiers, elles se ressemblent toutes, autant à la campagne elles sont souvent différentes mais toutes plus belles les unes que les autres.

 

Nous arrivons à Derry vers 11h30. On se pose dans un petit café sympa, le « Café Calm ». Typique… Ambiance feutrée, personne dans le café, sauf un vieux monsieur tapis dans un coin. Alors que je me lève pour prendre une photo de mes quatre amis, le  monsieur s’approche de nous et demande s’il peut prendre la photo avec nous 5. Nous acceptons. Il prend la photo et commence à discuter avec nous. Il est allé en Espagne en vélo, et prépare un voyage en Inde. Un type très intéressant qui nous donne l’adresse de son site web qu’on pourra aller voir. Et il prend congé. Et nous de même pour le café. Derry est coupée en deux. Au centre, la ville fortifiée (ancienne ville) et á la periph’ la ville nouvelle. On visite la première. Je suis choqué par le nombre de caméras de surveillance. C’est compréhensible suite au bloody Sunday de 1972. On fait plus de « prévention »  en regardant partout. Nous sommes sur les remparts de la ville pour une séance photo quand au loin nous apercevons un pylône et une dizaine de camera sur lui. L’une d’entre elles nous braque. Nous partons du rempart et elle nous suit du regard… Y’a vraiment des gens qui n’ont rien d’autre á faire. Derry, c’est joli, mais c’est petit… Nous partons vers 14h30 pour se diriger vers Malin Head, la pointe la plus au nord de l’Irlande…

 

Ma pellicule se casse…Une dizaine de photos de gâchées, plus toutes celles que je n’ai pas prises… Tant pis…

Nous nous garons vers Malin Head, et nous continuons á pied. Il fait froid, il y a du vent, mais on est motivé, et le résultat s’en fera ressentir. Séance photo devant les rayons du soleil transperçant les nuages et se reflétant dans l’eau…  Je me maudis, et mon appareil photos aussi. C’est superbe, inoubliable. On décide de prendre un raccourci, en coupant par la faune au lieu de suivre la route. Excellente idée… Arrivés en haut, le vent souffle toujours plus fort, la vue est toujours plus belle, et nous avons toujours plus froid. Nous apercevons « Eire » marque avec des pierres, sur la verdure en contrebas près de la plage, plus quelques noms de militants tombés, histoire que l’on n’oublie pas.

 

Puis nous repartons  très fatigués pour la plupart.

 

La nuit tombe, on s’arrête manger dans un « fish and chips » spécialité culinaire des ados irlandais. Je passe le voyage à regarder les étoiles, et à discuter avec Lindsay de la musique rock’n’roll aux States. Juste le temps de refaire le plein, et nous finissons le trajet, On dépose les filles vers 20h45. 1/2h plus tard, je commence á écrire ces quelques lignes. Il est maintenant 22h21, je vais me coucher la tête pleine de rêve. Un week-end surréaliste je vous ai dit ? Non ? Et bien ça l’était presque.

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Lundi 6 juin 2005

Aujourd’hui c’est le jour des vacances de Pâques. J’aime bien cette période car c’est celle de mon anniversaire. Et puis on quitte l’espace de quelques jours l’environnement universitaire, avec ses visiteurs d’un jour, ses étudiants de toujours, ses philosophes, ses hommes comme François.

 

François est étudiant en Droit dans le même groupe que moi. Comble de la malchance pour moi, il est même en TD avec moi. C’est à dire que je le vois tous les jours. Il est brun, laid, friqué, prétentieux, égoïste et d’une hypocrisie sans nom.

 

Dire de lui qu’il est idiot, débile serait ériger ses états d’âme en qualité. Il n’a rien de bon. Comment vous expliquer tout ce que je ressens. Maintenant de toute façon c’est physique, je ne peux plus le voir. Dés que l’on se croise, je ne lui dit plus bonjour, je le renie, le hais, le méprise tout comme il fait avec les personnes qu’il connaît. Pour pousser le vice encore plus loin, il faut expliquer : Un jeudi soir habituel, nous sortons et il doit nous rejoindre avec Louis, un autre membre du groupe d’amis. Ils nous rejoignent mais François à un moment donné s’écarte de nous pour pouvoir rentrer dans le pub dans un laps de temps plus long pour ne pas être vu en notre compagnie. J’ai appris plus tard que c’était moi qui posais problème. Monsieur avait honte de sortir en ma compagnie. Alors, je prends ceci avec philosophie en me disant que même le plus ignare des naïfs, idiots, débiles ne peut atteindre le degré de bassesse, d’ignominie, de connerie de cet homme là. Aujourd’hui je considère cet homme non pas comme un ignare c’est au delà, une espèce de mélange, de florilège, de tout ce que l’on peut trouver de plus répugnant sur cette planète. Et je me dis qu’il a été élevé par des parents qui l’aimaient, tous fiers de voir qu’il réussit. Heureusement, il y a une justice, il échoue aux examens de licence. Alors voilà ce qui reste, un bout de viande avariée, prête à être balancée dans un vide-ordure ; Un déchet de plus « irrecyclable », bon uniquement à être calciné. Mais même la braise tache les vêtements. A croire qu’il nous emmerdera jusqu’au bout, qu’il portera la poisse sur lui, la méchanceté, la bêtise, tout au long de sa vie et même après sa mort. Un insecte bon à exterminer, une fleur fanée, une émission de télé réalité, une espèce de cerveau d’un Castaldi et d’un Charles Villeneuve, d’une Carole Rousseau et d’une Séverine Ferrer, tout ceci concentré en un seul homme.

 

Il parle mal, s’habille mal, il pense mal, avec tout ça je suppose qu’il baise mal. Je suis vulgaire ? Alors vous ne l’avez jamais rencontré. C’est une vulgarité physique, faite homme, une allégorie personnifiée  de la bêtise humaine et du dernier tas de fumier que l’agriculteur a préparé pour son bétail.

Il est la pluie quand il fait beau, il est la boue d’un jardin anglais, le petit rouage qui grippe, la mouche dans le lait, la poussière dans votre œil ou le grain de riz qui vous fera étouffer.

Il a tous les défauts de la Terre et aucune qualité. Il vote à droite, il est réactionnaire, ne comprend rien à la vie et se permet de donner des leçons. Et il parle à tout le monde. Enfin, tout le monde, j’exagère. Il a quelques copains permanents, avec qui il est tous les jours. Des gens qui ont de l’argent, qui le portent sur eux. Le reste il s’en fout et c’est réciproque.

 

Je ne lui ai jamais dit ce que je pensais de lui. J’attends l’occasion de me défouler de lui asséner le coup de grâce ; Je deviendrais l’empereur et il sera l’esclave, celui qui se bat et perd contre les tigres et lions aux jeux du cirque. On le brocardera, on lui jettera des tomates, on criera pour qu’il se fasse dévorer par les fauves. Non ; je ne suis pas en colère, je ne supporte simplement pas son humeur et je chie sur sa fierté mal placée.

Je lui montrerais lequel des deux finira en séance de psy. Sur un canapé à expliquer pourquoi il pleure chaque fois qu’il entend mon prénom ; Je lui montrerais que je peux passer ma vie à pourrir la sienne. Le chasseur deviendra gibier. Et quand la chasse sera terminée, je rentrerais à la maison déguster le fruit de la victoire. Il comprendra alors ce que c’est l’Humiliation.

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Lundi 6 juin 2005

Un problème de transport m’oblige ce week-end à demeurer à TOULOUSE, avant de reprendre une semaine de travail. Une obligation indépendante de ma volonté, qui me prive d’un court séjour à la campagne. Même si j’adore la ville dans laquelle je suis tous les jours, il n’en reste pas moins une envie irrésistible pour moi de vous dévoiler les quelques secrets de la campagne, lieu de résidence de mes parents et amis, en totale opposition avec le milieu citadin.

La campagne peut se définir de deux manières :


C’est d’abord une photographie : Au premier plan, un arbre seul, unique, prône sa fière allure, comme le gardien d’un terrain vague que personne ne peut approcher. Derrière le maître, le veilleur, se trouve sa propriété : Un pré n’appartenant à personne, un champ de tournesols, une forêt, le centre de la photo, qui s’étend de toute sa longueur conférant ainsi à son seigneur la toute puissance d’un grand propriétaire. La forêt est son jardin,  avec une famille de plusieurs centaines de membres. La prairie et ses deux chênes, symbolise à elle seule une sorte de bâtiment, de maison, où l’on peut se réfugier, un lieu vide où l’on peut se ressourcer une place enchanteresse où l’on se prendrait à rêver. Au dernier plan, le ciel, bleu, sans nuages qui viendraient ternir la beauté du spectacle, contemple ce paysage, ce personnage trônant comme un souverain sur son royaume, comme un empereur sur ses conquêtes.  Le ciel, est le paradis des oiseaux, ces spectateurs naturels d’une photographie permanente. Ils contemplent, ils subissent, ils perçoivent, ils frémissent. Une scène, une photographie, que l’on peut admirer dans plusieurs recoins du pays, de la planète. Mais celle qui restera dans mes souvenirs est celle dans laquelle je vis aujourd’hui.


Mais la campagne peut être autre chose qu’une simple image figée. Je me surprends, courant sur les chemins forestiers pour profiter de l’air pur, loin d’une pollution citadine, asthmatique pour nos enfants, irrespirable pour nos aînés. J’entends le frémissement des feuilles des arbres situés tout autour de moi. Au détour d’un virage, je vois au loin un chevreuil ; Je m’arrête, nos regards se croisent, et il s’enfuie croyant que je lui veux du mal. Je continue mon périple, une route sinueuse accidentée ; Je tourne la tête et je regarde la maison à ma gauche, située au milieu de nulle part. Quel degré de solitude les personnes qui l’ont acheté recherchaient-ils quand ils l’ont vu ?  Le plus proche voisin est à un kilomètre de là, personne à qui parler, juste la nature et les animaux. Un croisement de deux routes me ramène à la civilisation avec la présence d’un panneau STOP. Il n’a rien à faire ici, sinon gâcher un paysage idyllique. Le panneau est complété par une autre erreur humaine : La présence de lignes hautes tensions au-dessus de moi. La campagne commence à faiblir, et le passage de la civilisation se fait sentir. Une erreur de formation, qui peut être réparée. Mon périple touche à sa fin. Je poursuis les oiseaux qui me montrent le chemin, je salue des chevaux me dévisageant lorsque je passe devant leur pré, je rejoins la route et j’aperçois les maisons de mon village. Heureusement, même si je  ne cours plus, je peux toujours rester là, immobile, et admirer la vallée, un air de liberté me soufflant au visage, loin de l’oppression des foules, de la liesse citadine, et des encombrements populaires.


Une sorte de fontaine de jouvence dont je pourrais me passer vu mon âge, mais qui me procure un bien-être dont je fais de ma vie un adage.

 

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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Lundi 6 juin 2005

6/02/04 19h12

 

Il est des jours où l’on est heureux que la nature nous ait donné la vie, qu’elle nous ait transmis ce goût pour les choses, la vision des autres, la possibilité d’écouter, de sentir, de toucher. Aujourd’hui est un de ces jours là. Alors, il est vrai que demeurent toujours des soucis auxquels il faut faire face : Mon compte en banque et son fossé, ma voisine et son chien qui aboie, Alain Juppé et ses emplois fictifs, Bataille, Fontaine et TF1. Mais ne nous arrêtons pas à ces broutilles. Aujourd’hui, je termine mes examens, et je suis un homme heureux. C’est justement dans ces moments là que l’on peut se permettre des situations que l’on s’interdirait un jour normal. Mais aujourd’hui n’est pas un jour normal. J’ai passé une après midi à rencontrer des gens. Intéressants. Je vais passer une soirée en me saoulant. Très amusant.

 

Je ferais le vide, sans penser au lendemain, au chat qui gratte à la porte, à ma voisine et sa bestiole, aux politiques et «leurs promesses », à Julien LEPERS et son neurone, au gang des képis et leurs PV, à leur chef omniprésent, au racisme, à l’antisémitisme, à l’égoïsme, au christianisme, au stalinisme, à Paméla ANDERSON et sa plastique, à Michel LEEB et ses mimiques, à mon oncle et son rire sarcastique, aux sœurs HALIWELL et leur débilité satanique, à André RIEUX et «sa musique ». Non, ce soir je ne pense plus à rien. Tout m’indiffère. Je fais le vide et me reprendrais demain.

 

Assurez-vous bien que ma soirée soit bonne. Je vous salue. Je m’en vais faire la fête.

 

Par Mathieu - Publié dans : Les chroniques de Matt
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